JULES II PARIS-DAKAR 1984 Proto Pick up 6×4 De Montcorgé

 

 LA F1 DU DESERT

 

 

Les 436 équipages du 6e Paris- Dakar s’élancent de la place de la Concorde en ce 1er Janvier 1984. Thierry de Montcorgé est de retour, après la Rolls de 1981, il se distingue cette fois au volant de la « Jules II » comme on la surnomme déjà. Un nouveau prototype à six roues qui semble issus d’une bande dessinée de science fiction qui défraie les chroniques de l’époque en tant que… F1 du désert !

 

Fort du succès médiatique de la Rolls Jules lors du Dakar 1981 ,Thierry de Moncorgé n’a aucun mal à convaincre la maison Christian Dior devenue Dior Hennessy, qu’il est possible de récidiver avec un autre véhicule à l’esthétisme futuriste. Thierry va ainsi créer le monstre qui hantait ses rêves de designer les plus fous depuis plus de 5 ans…

Un parcours top secret…

Le Dakar est devenu en 6 ans grâce à Thierry Sabine un événement sportif et médiatique majeur. On se bouscule dans le parc fermé de la Concorde sous le regard de plus de 30.000 spectateurs. On y croise en ce 1er Janvier ; Stars de la discipline, de la télé, du motocross, du rallye asphalte, de la F1, chanteurs, princes, princesses et même un spationaute (Jean-Loup Chrétien)…Ils s’élancent depuis le podium dans cette aventure de 12.000 Km qui les mènera jusqu’à Dakar sans prologue via une traversée de la France (sous un haie d’honneur ininterrompue) pour aller affronter les pistes de l’Algérie, du Niger,de la Haute-Volta,de la côte d’Ivoire,de la Sierra Léone, de la Guinée (Fermée au monde extérieur depuis plus de 20 ans !) et enfin du Sénégal. Un vrai Dakar sans journée de repos, magnifique, difficile, harassant, destructeur de mécanique et auteur d’innombrables aventures humaines si chères à Thierry Sabine qui sait si bien entretenir le suspense en ne dévoilant pas tout le parcours de l’année empêchant ainsi les usines d’y effectuer des repérages…

                                                                               Retour vers le futur…

Thierry de Moncorgé et son copilote Jean- Pierre Nicolle (N°197) devront s’accrocher face aux engagés usines qui s’intéresse de plus en plus à l’événement avec aux volants de bombes diaboliques des pointures tel Darniche, Lartigue (Sur Lada 2121), Wambergue (Citroën), Cotel (Buggy), Jabouille (avec Sardou sur Lada Niva), Metge, Ickx (Porsche 911), Zaniroli, Gabreau (Range Rover), Jaussaud (Mercedes), Cowan, Rigal (Mitsubishi) et les incontournables frères Marreau (R18 Renault).
Thierry de Moncorgé joue évidement la carte de l’originalité esthétique afin de satisfaire aux retombées médiatiques indispensable. Le « Coup » de la Rolls a bien sur fait des émules et l’on voit apparaître depuis le Dakar de 1982 des engins au look de Ferrari et autres berlines prestigieuses. On voit aussi nombres de bestioles zébrés, tigrés, léopardés montées pour l’occasion sur 6 roues. Tous ces Bitzas destinés à se faire remarquer étaient souvent construit avec les moyens du bord à partir du choix limité de véhicules de base représenté par les Land, Range, Toyota et Mercedes disponible sur le marché de l’époque.
Pour Thierry, disposant d’un budget conséquent, le problème ne se pose pas. Il prend le temps de la passion du design et de la mécanique. Il conserve ainsi au départ du Dakar de 1984 une longueur d’avance…très futuriste.

Il présente son Jules-Hennessy à la presse quelques semaines avant le départ du Rallye. Ce 6×4 original représente 18 mois de travail acharné. Autour d’un châssis multitubulaire est moulé une carrosserie monocoque en Kevlar de 4600 mm intégrant dans ses flancs deux réservoirs de 156 litres. Cet ensemble reçoit un moteur V8 Chevrolet 5.8 L monté en position arrière. Il développera 360 Ch à 4400 Tr/mn pour un couple de 54 Mkg à 2200 Tr/mn. Il sera accouplé via un embrayage renforcé Chevrolet à une boite 4 rapports Porsche. Les quatre roues avant seront motrices grâce à des différentiels Sinpar équipés de suspensions indépendantes à doubles triangulations, ressorts hélicoïdaux et simple amortisseur. Le dernier « Pont » qui servira juste à répartir le poids du véhicule dans le sable est pourtant équipé de toute sa mécanique qui servira de pièces de rechange au cas où. Les freins seront à disques et les durits « aviation ». Enfin, les pneus BF Goodrich All Terrain 9.50 x 15 son montés sur des jantes magnésium Delta Mics. Les dessous de ce 6×4 à gueule de requin sont bien armés pour surfer la dune et broyer le caillou à grand renfort de ski et barreaux acier. Pour les passionnés du détail anecdotique, notez que le radiateur fut réalisé par Chausson, le parebrise est celui d’une Visa, les phares avant d’une Ami 8 Citroën et les feux arrière ceux d’une Fiat Ritmo.

Au cap…C’est un « Rail ».

Lorsque l’on s’assoit au volant (gymnastique obligatoire entre vitre plexi, volant et siège baquet !) c’est le contraste entre ce tableau de bord si simple (Un compte tours, un compteur de vitesse, une boussole et deux jauges) et ce concept novateur qui déroute le plus. La position de conduite volontairement très basse comme tout l’engin montre bien que Thierry a recherché la performance. 360 Ch, 1500 mm de hauteur et 320 mm de garde au sol pour 1400 Kg devaient offrir un plaisir de conduite incroyable. On imagine alors les sensations sur les pistes du Dakar…


On imagine seulement car malheureusement la vie de ce mythe du Dakar après le Rallye de 84 ne fut pas celle à laquelle on aurait pu s’attendre. Racheté par un collectionneur, elle fut délaissée puis amputée de son coeur ; le V8 Chevrolet. Nous effectuons donc notre parcours initiatique sans les sensations de cette mécanique fabuleuse mais avec un 4 cylindres 2.0L Renault. Moins attrayant bien sur ! Mais, l’âme de la Jules Hennessy est toujours là. Après quelques virages, un bout droit, le comportement s’affiche avec caractère malgré 150 Ch absents. Au cap c’est un rail (on s’en doutait), en virage en revanche, les six roues demandent une certaine anticipation, une seule solution ; Appel, contre appel…et gaz ! Le poids situé à l’arrière fait le reste. Ensuite, maintenir le bon cap jusqu’à la prochaine courbe en appréciant le confort des suspensions indépendantes en comptant sur six freins à disques de ce châssis long… Voila, un petit quart d’heure qui ne nous rajeunit pas, mais il persistera comme la réalisation d’un rêve de gosse !

Au musée ?…

Rêve ? C’était bien celui de Georges Lansac cette Jules Hennessy. Il l’a lui aussi réalisé son rêve en rachetant en 1999 le 6×4 de Thierry de Moncorgé à un collectionneur…C’était au début de sa carrière en compétition lors de ce Dakar 1984, l’équipage Lansac/Picot/Issaiat sur Range Rover V8 se perds quelques parts dans les gorges de Darlat en Algérie. Ils découvrent le célèbre Thierry de Moncorgé et son 6×4 au châssis et une partie des transmissions cassés, fini le Dakar malgré le camion d’assistance que Georges préviendra, la victoire sourira cette année là à Porsche et René Metge. Cette rencontre comme on n’en fait qu’au milieu du désert en Rallye Raid restera gravé dans la mémoire de Georges.

Technique express :
Moteur :
V8 CHEVROLET  5800 CM3
Puissance maxi 360 CV à 4400 tr/mn
Couple maxi  54 mkg à 2200 tr/mn
Transmissions :
4 roues motrices
Pont avant Sinpar débrayable
Boite de vitesse Porsche à 4 rapports
Embrayage Chevrolet renforcé
2 réservoirs 156 L dans les ailes
Suspensions :
6 roues indépendantes
Doubles triangles superposés
Ressorts hélicoïdaux
Amortisseurs Koni
Châssis treillis multitubulaire
Carrosserie monocoque en kevlar
Freins disques ventilés
Toutes les durits    » aeroquip » type aviation
Pneus BF Goodrich All Terrain 9.50 x 15
Jantes alliages Delta Mics en 15’
Dimensions :
Poids 1400 kg
Voies 1750 mm
Empattement intérieur 2250 mm
Empattement extérieur 3150 mm
Longueur 4600 mm
Hauteur 1500 mm
Garde au sol de 320 mm

L’autre véhicule fou de Thierry De Montcorgé:  Rolls Royce Paris Dakar 1981